| Mots clés |
Prison, Espace, Temps, Psychothérapie, Psychanalyse, Étude de cas, Violence |
| Resumé |
La prison est un lieu qui suscite crainte et fascination. Travailler en tant que psychologue en milieu carcéral confronte à cet espace à part, avec ses caractéristiques particulières et ses contraintes. Rencontrer des personnes détenues, c'est se retrouver face à des sujets enfermés, privés de leur liberté pour un temps plus ou moins déterminé. Le temps c'est le propre même de la peine, qui est prononcée en termes de durée. Celle-ci correspond au temps d'enfermement du corps dans un espace restreint, figuré matériellement par des murs. Le temps et l'espace sont deux dimensions omniprésentes de la peine et dans le discours des personnes détenues. Ce sont des dimensions fondamentales pour la perception et les interactions avec l'environnement extérieur. Aussi, on peut s'interroger quant à la distorsion du temps et de l'espace de ces sujets détenus face à la contrainte imposée par la prison. Dans un lieu qui empêche le mouvement, physique et psychique, la psychothérapie tient une place particulière. Il s'agit d'essayer d'identifier et de comprendre l'impact de ce temps et cet espace carcéral sur les sujets incarcérés et d'essayer de penser les effets d'un tel espace-temps sur la psychothérapie. Pour mener cette recherche nous avons décidé d'utiliser la méthode de cas, nous avons mené notre réflexion à partir de cinq patients. Ce sont des hommes, majeurs, incarcérés pour des peines plus ou moins longues, jugés au moment de l'écriture. Ce sont des patients suivis en psychothérapie au sein de la détention. Nous nous sommes appuyés sur des données rétrospectives, à partir des écrits réalisés à la suite des entretiens cliniques. Ce sont des patients qui ont été suivis pour des durées de 6 mois à 1 an et 10 mois. Ces cinq cas sont en réalité des condensés de plusieurs patients pour des raisons de confidentialité et assurer leur anonymat. Cette recherche nous a permis de voir les particularités de l'espace carcéral qui en font un lieu à part, radicalement autre : une hétérotopie. Le temps carcéral, lui aussi tout à fait différent, fait de l'incarcération un moment à part qui ne peut s'inscrire dans l'histoire du sujet. La distorsion de la perception temporelle et spatiale induite par le carcéral, limite les capacités de projection et de liaison avec le passé. Le temps carcéral est un présent permanent. Il vient aussi renforcer les mécanismes de répétition, ce qui vient empêcher le travail de la psychothérapie. Cet espace-temps carcéral fragilise les limites corporelles. Le sujet est comme dépossédé de son propre corps, contraint et soumis à l'institution carcérale. Des stratégies peuvent être mises en œuvre pour reprendre le contrôle de son corps, comme la consommation de produits psychoactifs, l'hyperphagie ou encore les scarifications. Ces dernières peuvent aussi être un moyen d'attaquer l'institution et une tentative d'inscrire des repères temporels. L'espace carcéral confine les corps dans une proximité qui conduit à la réduction voire l'anéantissement de la différence entre les sujets. La prison vient attaquer la subjectivité des personnes détenues, qui, pour se défendre et reprendre une position active, vont d'eux-mêmes renoncer à une part de leur subjectivité pour embrasser une identité groupale, un moi-carcéral collectif. La psychothérapie est un espace douloureux car rappelle la subjectivité mais elle est aussi un lieu qui la préserve. Il existe d'autres moyens pour survivre à la prison. La décompensation psychotique peut être un moyen pour ne pas disparaitre dans la prison. Si le suicide apparait pour certains comme une option pour s'évader définitivement, les formations, les études et le travail sont des moments d'évasion temporaires. Le militantisme quant à lui permet de faire valoir son pouvoir d'agir. Enfin, l'écriture de soi, de son expérience carcérale, permet de l'inscrire dans son histoire et de pouvoir la partager et la faire exister au-delà des murs de la prison. |