| Mots clés |
Travail du rêve, Freud, Violence politique, Traces, Transindividuel |
| Resumé |
Cette recherche vise à réhabiliter le rêve comme une production singulière et transindividuelle. Le mouvement général se fait par l'analyse épistémologique et méthodologique de la métapsychologie freudienne, et les modalités d'interprétations qu'elle propose. Nous déployons ces éléments dans une mise en connexion avec les événements sociaux et politiques de la période d'élaboration de la Traumdeutung, liés à la montée de l'antisémitisme, et par l'analyse du bouleversement de leur appareil théorique avec la Première Guerre Mondiale, qui se rend visible dans Au-delà du principe du plaisir. Ce travail dans son ensemble produit une conception de l'inconscient historique et politiquement situé qui met l'accent sur les modes de composition et de décomposition du processus du rêve, et sur les stratégies multiples mises en oeuvre par le fondateur de la psychanalyse pour composer-avec, ou pour exclure, les formes de violence politique. La notion de travail du rêve traverse la thèse lorsque nous soutenons que son fonctionnement récupère des traces singulières de la vie collective, et produit en même temps des traçages transindividuels. Nous abordons la relation entre le singulier et le transindividuel à la lumière des critiques apportées par Deleuze et Guattari sur la tendance des perspectives psychanalytiques à l'individualisation des productions inconscients, et avec des auteurs et des autrices qui ont analysé le rêve comme élément relevant de la compréhension de la relation entre subjectivité et violence, parmi lesquels Sabina Spielrein, Franz Fanon, Wilfred Bion et Charlotte Beradt. Notre texte est aussi tissé par des récits de rêves de différents temps et territoires mis en résonance. À travers ce parcours, nous proposons alors que le rêve comme production n'implique pas simplement une répétition historiquement engagée, mais également un faire-avec les traces intimes et sociales où, dans leurs différentes associations, s'opèrent de réelles débaptisations (terme que nous empruntons à Gabriel Tarde) et inventions, qui font du rêve un laboratoire psychopolitique. |