| Mots clés |
Diaspora, Condition diasporique, Transnationalisme, Migrations intraafricaines, Constructions identitaires, Frontières symboliques, Insertions urbaines |
| Resumé |
Cette recherche porte sur une migration Sud-Sud, celle de migrants congolais originaires de la République Démocratique du Congo (RDC) vers la capitale du Kenya, Nairobi. Depuis la fin des années 1990, les crises économiques et politiques subies par la RDC ont mené de nombreux migrants sur les routes de l'exil. Nairobi constitue une destination attractive dans la mesure où la métropole de 4 millions d'habitants offre une protection, de meilleures opportunités économiques, l'accès à une meilleure éducation, etc. À rebours des nombreuses études portant sur l'insertion économique et sociale des réfugiés urbains congolais à Nairobi, nous nous intéressons à la diversité de cette diaspora (en matière de statut administratif, âge, genre, classe, catégories socioprofessionnelles, trajectoires migratoires, affiliations religieuses, régionales et politiques, etc.) et ses constructions identitaires. En effet, toute migration est un processus de bouleversement, de négociations, de créations, d'assignations, de reconstructions et repositionnements identitaires. Il s'agit également d'une expérience de confrontation à l'Autre et à soi qui engage pleinement les acteurs congolais dans une nouvelle représentation de ses appartenances individuelles et collectives à plusieurs échelles. Ainsi, nous convoquons la notion de « condition diasporique » afin d'examiner les productions identitaires des acteurs congolais. Ce, afin de dénouer les fils des significations équivoques de ce que représente « être congolais » hors des frontières nationales et dans le contexte particulier nairobien. Nous argumentons que cette « condition diasporique » - cadre à partir duquel émergent de nouvelles identités migrantes - est le fruit d'une articulation simultanée des productions sociales du « foyer » congolais, de « l'ici » nairobien c'est-à-dire le contexte du nouvel environnement d'accueil et de ses modes d'organisation, et de la projection symbolique et politique dans un « ailleurs » globalisé. La prise en compte de l'articulation des contextes spécifiques de cette triade, au fondement des productions identitaires, sociales, culturelles et politiques de la condition diasporique des migrants congolais, permet dès lors de reconsidérer l'imaginaire transnational ayant pourtant consacré la disparition des frontières. À partir du point de vue, des discours et des représentations des migrants congolais, nous montrerons ainsi que l'une des modalités de l'avènement d'identités congolaises hybrides à Nairobi est la production de frontières caractérisées par leur multiplicité, leur fluidité et leurs conflictualités. |