| Mots clés |
Participation, Adultisme, Différenciation linguistique, Ethnographie institutionnelle, Enfance, Protection de l'enfance |
| Resumé |
Cette thèse porte sur les enjeux liés à la « participation » des enfants, dans le cadre particulier des politiques françaises de protection de l'enfance. Elle vise à analyser la place et les effets de cette notion dans les pratiques institutionnelles en interrogeant les rapports sociaux entre adultes et enfants, depuis une approche historique de l'émergence des discours pro-participation en protection de l'enfance. La notion de « participation », a priori centrale dans les politiques de protection de l'enfance depuis la fin du 20ème siècle et dans certains courants des sociologies de l'enfance, repose sur la mise à contribution des enfants dans les prises de décisions les concernant. Mon étude se fonde en première instance sur le constat du foisonnement des discours relatifs à cette « participation des enfants » dans les sphères politique, scientifique et médiatique. Ce travail mobilise ainsi les théories émergentes relatives à la domination adulte pour examiner comment la participation des enfants est construite, encadrée et mise en œuvre dans un contexte où les enjeux de contrôle social demeurent prégnants. L'enquête repose sur une ethnographie menée en Maison d'Enfants à Caractère Social (MECS), auprès d'un groupe de vie de dix enfants (6-16 ans) pris·es en charge par l'Aide Sociale à l'Enfance (ASE). Le corpus, constitué d'observations de pratiques langagières et interactionnelles, de documents institutionnels et d'entretiens, permet d'interroger la centralité du langage dans la hiérarchisation sociale des relations adultes-enfants. L'analyse du projet éducatif de la MECS, construit autour du concept de « participation », met en lumière les tensions entre injonction participative et maintien des logiques de contrôle institutionnel. Adoptant une perspective sociolinguistique, cette recherche propose un regard critique sur les approches classiques de l'enfance en étudiant les discours et politiques dits « pro-participation » en termes de différenciation linguistique, mais aussi d'effets et de contraintes sur la prise en charge des enfants. Les résultats permettent de dégager plusieurs hypothèses relatives aux enjeux politiques sous-jacents à l'idée de « faire participer » les enfants dans ce contexte. En dernière instance, la thèse met en évidence les tensions au fondement du processus d'institutionnalisation de la participation, oscillant entre maintien du contrôle social et redéfinition des rapports adultes/enfants. |