| Mots clés |
Géophagie, Addiction, Diaspora, Galettes de « tè », Haïti, Pratiques géophages |
| Resumé |
L'ingestion d'argile est un phénomène d'actualité et représente un enjeu majeur de santé publique. Connue également sous le nom de géophagie, elle représente un danger pour les consommateurs, désignés comme géophages. Les mobilisations contre les conséquences néfastes des pratiques géophages varient entre la bonne ou la mauvaise consommation, entre les degrés ou la fréquence de consommation ou encore entre la quantité ou le moment de consommation (période de grossesse, pendant l'enfance, entre autres). En Haïti, puisque ces pratiques ne subissent pas une forte pression médiatique, elles mobilisent très peu l'attention. Lorsque des articles de presse abordent ce sujet, ils privilégient l'hypothèse de la famine et négligent les connaissances des acteurs sur les risques encourus en consommant de l'argile. Si le commerce d'argile est toléré et, dans une certaine mesure, encouragé par les dynamiques d'un marché informel et par l'absence des politiques publiques de santé en Haïti, la consommation d'argile, notamment des galettes de « tè », est fortement réprimée dans les discours et porte la marque d'un stigmate social. Elle est prise dans une étoffe entre jugement sur soi et contre soi, risque de santé et addiction. L'observation du comportement géophage de certains haïtiens qui s'affirme dans les discours émiques, en dépit des stigmates et des jugements moraux associés à ces pratiques, a permis d'identifier les facteurs locaux nécessaires à son émergence mais aussi les facteurs qui expliquent sa relocalisation en diaspora, notamment à travers l'immigration haïtienne dans les territoires français et son éventuelle adaptabilité. Cette étude propose d'interroger les pratiques de consommation d'argile dans les contextes haïtiens (en Haïti et dans ses diasporas) et les connaissances des risques de ces pratiques sur la santé des consommateurs en fonction du vécu et des expériences des acteurs impliqués ou non dans ces pratiques. Il vise à montrer aussi comment derrière les simples pratiques de consommation d'argile, se développe un marché d'argile qui s'organise dans la sphère d'une économie de survie et de rente, mais aussi des logiques sociales et sanitaires qui classent et hiérarchisent les géophages. L'observation des pratiques de consommation d'argile dans les terrains haïtiens met en lumière des stratégies de positionnement où l'affirmation du comportement géophage de chaque acteur s'explique par sa compréhension des enjeux, ses trajectoires, mais aussi par des envies dévorantes (voire un comportement addictif) et des besoins de reconnaissance dans ses relations sociales locales. |