Éteindre le courage : une ethnographie du découragement dans la mobilisation pour le droit au séjour pour soins
Turn off the courage : an ethnography of discouragement in the mobilization for the right to stay for medical reasons
par Léo MANAC'H sous la direction de Laëtitia ATLANI-DUAULT
Thèse de doctorat en Ethnologie
ED 624 Sciences des Societes

Soutenue le mercredi 09 octobre 2024 à Université Paris Cité

Sujets
  • Admission des étrangers
  • AIDES (France)
  • Étrangers (droit)
  • France
  • Immigrés
  • Sida
  • Soins médicaux

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Mots clés
Migration, Découragement, Défaite, Émotions, VIH/sida, AIDES, Droit au séjour pour soins
Resumé
Comment continuer à lutter quand les défaites se répètent ? À l'intersection d'une anthropologie des migrations, des émotions et des mobilisations, cette thèse cherche à comprendre comment la lutte pour les droits des étranger·es se poursuit dans un contexte politique et législatif hostile. Elle prend pour objet d'étude la défense du droit au séjour pour soins en France hexagonale, qui permet depuis 1998 à des étranger·es d'être régularisé·es pour motif de santé, à la suite de luttes menées contre l'expulsion de personnes séropositives au VIH dans les années 1990. Elle analyse les effets de la progressive précarisation de ce droit sur les conditions du maintien des étranger·es malades en France et surtout, sur les mobilisations politiques en faveur du droit au séjour pour soins. À partir d'une ethnographie de deux ans, conduite dans l'association de lutte contre le VIH/sida Aides et dans l'espace interassociatif de défense du droit au séjour pour soins, de quatre-vingt entretiens et de l'étude d'archives associatives, cette thèse propose une anthropologie contemporaine de la défaite. Face au désespoir, particulièrement étudié dans le champ de lutte contre le sida des années 1980-1990, elle offre un déplacement vers la définition du découragement comme paradigme contemporain des mobilisations politiques. Le découragement apparaît comme un état affectif commun qui traverse les espaces de lutte dans la fermeture des horizons et des imaginaires politiques. Cette thèse montre comment il nait à la fois du durcissement des politiques migratoires et de leur mise en application restrictive aux guichets des administrations, mais aussi de la reproduction de rapports de domination entre les sujets d'une mobilisation qui se définit en lutte contre ces dominations. La démonstration cherche à rendre compte de la diffraction du découragement chez les sujets d'une mobilisation, et des façons dont il s'incarne aux échelles des subjectivités, des organisations collectives et comme ère du temps des mouvements sociaux contemporains. Au contraire du désespoir qui s'exprime dans une brûlure, dans un insupportable ressenti qui touche aux valeurs et à la morale, cette thèse définit le découragement comme un état qui prend sa source dans l'assèchement de la puissance d'agir et provoque un engourdissement de la sensibilité. En procédant à l'ethnographie du découragement, ce manuscrit se présente comme une contribution à l'analyse des relations entre l'économie psychique et les structures sociales et politiques. Il examine les continuités et les ruptures dans les mises en sens du rapport à la défaite et à la perte dans les luttes marquées à gauche afin d'en singulariser la teneur actuelle.