| Mots clés |
Sociologie clinique, Fascination, Incarnation, Management lean, Dispositif managérial, Domination, Entreprise, Performance, Néolibéralisme |
| Resumé |
Cette thèse porte sur le rapport subjectif qu'entretiennent les Black Belts experts du management lean 6 sigma, avec cette mode managériale à travers l'analyse de leur discours. Le lean, également appelé « amélioration continue » ou « excellence opérationnelle » est aujourd'hui la méthode utilisée par un tiers des grandes entreprises tant en France qu'à l'étranger. C'est un dispositif de finalité, de procédés et d'enrôlement qui s'inscrit dans une économie capitaliste de marchés, dans une idéologie et des pratiques néolibérales de la concurrence, où l'amélioration et la performance sont décrites comme des conditions de survie.Cette thèse interroge la fascination qu'exerce le management lean sur les Black Belts et elle propose de comprendre la construction sociale de cette dernière à l'aide d'un cadre théorique ancré dans la sociologie du néolibéralisme, la sociologie de la domination et son discours de justification et la sociologie clinique. Car si l'adhésion pour une entreprise, l'emprise qu'elle génère, les coûts psychiques et sociaux de la recherche systématique de l'excellence ainsi que la désincarnation du management ont déjà été étudiés en sociologie, et plus particulièrement en sociologie clinique, cette thèse propose ici de comprendre comment se construit la fascination de ceux qui sont chargés de diffuser le management lean dans les entreprises allant jusqu'à une véritable incarnation de cette méthode.Elle explore le discours des Black Belts grâce à des entretiens auprès de cinquante-deux Black Belts et professionnels du lean, des observations et l'étude d'un corpus d'ouvrages et de sites Internet destinés aux managers et aux Black Belts. Les résultats se déclinent en deux grands axes. Le premier concerne la carrière des Black Belts, mettant en lumière les avantages matériels et subjectifs associés à leur expertise dans le domaine managérial, tout en appartenant à un management dit « transversal », sans autorité hiérarchique directe. L'étude de la carrière ne suffisant pas à elle seule à expliquer la fascination, le deuxième axe montre que le lean constitue pour de nombreux Black Belts, un mode d'emploi pour la vie, répondant à une quête d'amélioration continue de soi vécue comme existentielle. |