| Mots clés |
Singularisation, Égalité de traitement, Protection de l'enfance, Placement d'enfants, Relations, Famille d'accueil, Maison d'enfants à caractère social |
| Resumé |
La singularité occupe une place significative dans les expériences de vie des individus. Dans les familles et dans le monde du travail social, les personnes « accompagnées » comme les professionnels, sont eux aussi pris dans cette tension entre la norme de singularisation et celle du traitement égalitaire. Dans le domaine de la protection de l'enfance, les enfants confiés à l'Aide sociale à l'enfance sont accompagnés par des professionnels qui ont pour mission de leur proposer un accompagnement éducatif individualisé tout en tenant une logique d'indifférenciation de traitement entre eux et leurs pairs. Cette recherche s'inscrit dans un cadre particulier régi par des lois qui associent l'intérêt de l'enfant à la primauté des liens parents-enfants, ainsi que par des normes et des règles. Les questions qui ont guidé notre recherche sont les suivantes : dans quelle mesure les anciens enfants placés dans le département du Finistère se construisent ou non en tant qu'individu singulier dans le cadre du placement en famille d'accueil et/ou en foyer, et dans quelle mesure cette singularisation dit de la redéfinition des relations après la mesure de placement ? Ces questionnements nous ont permis de saisir la construction identitaire des personnes anciennement placées en foyer et/ou en famille d'accueil dans sa dimension relationnelle, c'est-à-dire entre ces dernières et les professionnels qui les ont accompagnées, et dans sa dimension plus individuelle, une relation de soi à soi. Dans cette recherche qui se situe au croisement d'une sociologie du placement et de l'individu, nous avons choisi de rencontrer des anciens enfants placés en postulant que, pour comprendre ce(ux) qui restent après une mesure de placement, il est important de comprendre ce qui était pendant le placement. Nous avons fait l'hypothèse que le maintien ou non des relations entre les anciens enfants placés et les professionnels qui les ont accompagnés - éducateurs de foyer et/ou assistantes familiales - est un observatoire de la singularisation. Pour saisir cette « différenciation personnelle », notre enquête doctorale a saisi les « parcours par le bas » par la conduite et l'analyse de quarante-et-un entretiens semi-directifs compréhensifs menés auprès d'anciens enfants placés dans le département du Finistère. Notre recherche s'appuie également sur un matériau complémentaire constitué d'entretiens non directifs auprès de professionnels des foyers et des familles d'accueil, de notre expérience professionnelle en tant qu'éducatrice spécialisée en formation puis chargée d'une mission de service civique au sein d'une Maison d'enfants à caractère social (MECS). Dans cette recherche, quatre types de relations sont analysés et mettent en lumière 'ce(ux) qui reste(nt)' de la période de placement : une relation « personnalisée », une relation « personnalisée-professionnalisée », une relation « professionnalisée » et une relation « à l'arrêt ». Par l'intermédiaire de cette typologie, nous avons montré que, ce qui se construit pendant le placement, 'ce qui était', ne présage pas toujours du devenir des relations. |